chant
mandoloncelle, fifre, percussions
guitare accommodée, berimbaur
zarb, daf, oudou
Patrick Vaillant - Thomas Bienabe - Pascal Giordano - Jean-Louis Ruf
Les noëls sont des témoins. Témoins d'un temps vivant, où l'on sait
comment inventer, s'approprier, se mettre en jeu, et faire du neuf avec du
vieux. Tout en faisant mine de prendre l'argument à la légère, afin de
pouvoir aborder les choses profondes en toute pudeur, donc sans
lourdeur.
Ce temps-là, c'est le tournant du
XVIème et du XVIIème siècle, à Notre-Dame
des Doms en Avignon. Sur des airs connus de là ou d'ailleurs, les
paroissiens, les chantres, les musiciens élaborent un répertoire de chants
où ils se mettent eux-mêmes en scène. Une verve populaire alimentée
ensuite par celle des noëlistes fameux comme Saboly, qui rayonnera sur
toute la Provence. D'autres sources, anonymes, joindront leur voix au
récit chanté de la fameuse histoire et de ses épisodes.
Résumons : l'Annonciation, c'est le Bel Ange qui répond aux candides questions d'une gamine. Plus tard, ce sont les bergers qui entendent la nouvelle, parce qu'ils sont là, dans la nuit froide, les plus proches du ciel. Alors, c'est l'urgence du départ. On convainc ses voisins, de peur de partir tout seul. On laisse tout derrière soi, mais on emporte des présents, ou sa musique. Valides ou malades, à pied ou à cheval, on sera bientôt arrivés à Bethléem. Mais autour de l'étable, rôdent les diables, paniqués et enragés. Il faudra faire le coup de poing, avant de pouvoir adorer l'Enfant. Enfin, Marie et le Petit échapperont à Hérode, grâce à la résistance paysanne...
Ces chants, devenus pour certains d'entre eux de véritables standards, nous étaient familiers. Nous les avons plus adoptés qu'adaptés. Et peut-être dérangés plutôt qu'arrangés... La nature même des manuscrits qui les ont légués (notation musicale sommaire, souvent simple adjuvant d'une mémoire alors vive) inspire déjà la distance avec le rythme, le mode, l'harmonie, le tempo, etc.
Loin d'une vaine et inutile recherche d'authenticité, il s'agissait bien de leur inventer un peu de vérité. En leur cherchant, en tous cas, un nouvel éclairage, par les feux croisés d'éléments musicaux qui participent de notre langage actuel . En quelque sorte feindre des détours, pour mieux aller à la rencontre d'une bande-son possible pour cette Provence des noëls, faite d'urgence et de profondeur, d'anges et de diables, de rusticité et de raffinement. Une rencontre sans révérence. Non sans émotion. Car on ne sait jamais ce que nous réserve le passé.
Mettre en jeu la créativité, c'est aussi construire le rapport à ce passé. Telle est notre expérience sonore, dont la Provence est le lieu emblématique, et Noël, le temps symbolique.
Qu'embé Calena vengue tot ben !...
Patrick Vaillant
Procession
(Quand lei bergiers)
La fugida en
Egite
Pastres dei montahnas
Anem veire l'Enfanton
Aquesta nuech en mi levant
Pastres placatz vòstre tropèu
Sant Jòsé m'a dich
Nautres siam aici venguts
L'Anonciacion
Nové dai
corporacions
Suite
Sus sus companhons
Introducion à li a pron
de gents
Li a pron de gents
Procession bis (Quand lei bergiers)
Dans la mémoire chantée provençale, les noëls forment un petit archipel. Certains perdurent, comme de solides îlots de la tradition. Mais la plupart affleurent seulement.
Ils appartiennent au livre : c'est de l'ancien, de l'écrit, du passé. Et puis le vent de renaissance du XIXème siècle a soufflé dessus. Et celui du XXème
siècle aussi, le vent du retour aux sources.
Quoi qu'on fasse, le pays souffrira de son folklore, traînant son poids d'imagerie : la Provence éternelle et pastorale, tambourinante et figée dans ses santons !..
Pourtant le charme agit encore, et, ma foi, chacun a droit à sa nostalgie, quitte à la draper dans les faux plis de l'identité
Mais la Nativité n'est pas qu'imagerie. Sous l'imagerie vibre un imaginaire. C'est lui qui porte toute l'histoire et ses péripéties, rendant au mystère sa part de légende, et de familiarité. La musique, elle, joue son rôle de révélateur, en procurant à ces icônes leur dimension sonore.
Les noëls nous donnent à entendre un magnifique exemple de croisement : du savant et du populaire, de l'individuel et du collectif, de l'écrit et de l'oral, du sacré et du profane, du local et de l'universel, du grave et de la fête..