Appeler
«Plectre» un médiator n'est pas une coquetterie, car
qui parle plectre parle, au delà du petit accessoire à pincer
les cordes, de technique, d'esprit, et de famille d'instruments.
Une famille qu'il nous est cher de considérer
dans toutes ses parentés : saz, oud, bouzouki, bandurria et cetera...
Mais les clichés ont la peau dure, et, pour beaucoup, la mandoline
est un petit instrument décoratif, aussi bombé que périmé,
et dont la réputation traîne quelques casseroles de folklore
gondolien, tandis qu'un riche passé classique et de grand virtuoses
fondent sa quête actuelle de respectabilité.
Mais les casseroles, hélas tintent encore,
comme les sonnailles de la mémoire.
Soudain, un autre cliché fait diversion
: la mandoline américaine. Révolutionnaire en son temps,
et devenue emblématique (trop) du style bluegrass et de ses toniques
et impertinents dérivés.
Oui mais voilà, Melonious cherchait une
mandoline d'un troisième type, et il fallut bien la main du luthier
pour façonner cette alternative : autre goût, autre jeu, autre
répertoire, autre son, donc autre instrument et réciproquement.
Ni classique, ni américaine, notre mandoline
moderne assumera mieux sa double identité savante et populaire,
casseroles comprises.
Ainsi notre chantier parcourt un pays paradoxal,
élastique et sans frontières où nous pouvons jouer,
à notre aise, à rassembler les pièces de notre puzzle.
Esquissées à la ligne claire de
la mélodie, et coloriées de musique provençale, de
Méditerranée,
de Mélodie française et de chôro brésilien. S'étonnera-t-on,
de reconnaître la Provence idéale de Darius Milhaud, celle
qu'il étirait de Constantinople à Rio de Janeiro ?
Il est là, notre sud de la mandoline.
Patrick Vaillant
|